Envie de sortir, envie de se faire plaisir , envie de profiter du beau temps, envie de passer du temps en montagne.
Un poil de déniv, un poil de technique, un poil d'engagement: de l'alpinisme à la goulotte des Matheysins à la pointe de l'Armet (massif du Taillefer).
Dimanche 7h30: on ferme
la Gilles voiture.
L'approche est bien longue, 1200m entre des rampes rocheuses, neige sur éboulis et finalement neige dur sous la ligne. Là commence ce qu'on est venu chercher. Le soleil réchauffe la face sud qui nous fait face.
Scrountch scrountch la neige se redresse, un peu de bonne glace, un ressaut, ça avance, puis un relais pour soulager la tête et sortir la seconde corde. Une longueur puis c'est le crux qui nous fait face: premier contact, bouchon de neige inconsistante quasi-vertical, gloups, comment on fait là??
Ben on nettoie, sous la neige doit bien y avoir qqchose? Concours de déblayage de neige à tour de rôle entrecoupé de posage de coinceur, crampons posés sur quelques pseudo prises, oucha les mollets s'enflamment. L'heure tourne, je tente un dernier essai sans le sac à dos et sinon on redescend. Hop, je profite du nettoyage du Gilles pour crocheter main gauche, un nouveau coinceur, je nettoie encore un peu, transfert d'appui, un autre crochetage, je commence à bien chauffer, je me rétabli, j'ai la sortie devant les yeux, plantage de la pioche comme je peux, j'engage la deuxième pioche et ça passe, pfuuu. 1h pour faire 10m. Mais c'est pas fini, la neige inconsistante se fait de plus en plus raide au dessus pour arriver dans une ptite grotte bien sympathique, malheureusement équipé d'aucun relais. Il faut continuer, encore un passage retor à dégager la neige pour crocheter, du bon mixte, le dernier poids est béton, j'ose enfin sortir ma jambe de la grotte, encore un coinceur pour le mental et enfin les pioches rencontrent de la bonne neige bien dure et boum, explosion de joie, banzaiii le crux! Une sangle et un piton offre l'espéré relais. C'est aussi un beau combat pour Gilles, qui doit gérer les deux sacs. Là, on sent bien qu'on est pas en avance mais que la sortie n'est plus qu'à quelques encablures de neige. Gilles repart de plus belle, effarouché par un passage mixte, il s'attaque à la neige posée sur les dalles à 50° de la rive droite, pas convaincu, redescend puis remonte puis, c'est à nouveau 3/4 d'heure pour 15m. Le jour est sur le déclin mais rien ne nous est épargné. La neige est profonde, le second déguste pas mal en corde tendue, ça brasse grave, la barre d'énergie passe dans le orange, comme l'horizon. Encore 20 m et on rejoins l'arête. Le sommet se fait encore désirer, faut rien lâcher, 100m de caillou assez solide avec pour seule amie la frontale. Relais, relais, relais, SUMMIT. Pouuaaa, sommet de la pointe de l'Armet, 20h22, c'est de la balle: Grenoble semble dégager une énergie avec sa lumière orange, la bas c'est Bourg d'Oisans et de l'autre côté c'est
la Mure , le levé de lune sur l'Oisans fini d'enchanter l'instant...
Alors voyons ce qu'il nous reste à victuailler? On gouinffre le conté, le pain et les ptits biscuits. Petite analyse topo-timing:n'y pensons plus, on verra bien. L'arête pour descendre est assez impressionnante, ça plonge dans l'obscurité, on distingue la suite de l'enfilade plus bas dans la lumière lunaire. Finalement, c'est assez futé, toujours une bonne prise à portée de main ou un peu de neige pour accueillir les crampons. Les forcent sont un peu revenues et le rocher pas pire fait plaisir. 25 m derrière, la frontale de Gilles se promène, je rejoins une plateforme en neige, j'en profite pour faire un ptit relais. La concentration se dissipe et le sommeil m'invite à m'assoire, Gilles me rejoins. "J'suis carbo" " pareil". On s'installe là? C'est pas pire! Ok, flamby bivouac sur cette arête. S'il faut une première, ce sera ensemble me dit le Grogilles. Banco il est 22h30!
Bonne nuit!
L'installation prend une ptite heure et on se pose. Au bout d'une heure, on change de tactique, chacun sa couverture de survie. La suite est un mélange de somnolence et d'esprit vagabond: toute ces montagnes éclairées par la lune qui va nous servir d'horloge toute la nuit, ces villes dans la vallée qui respire le confort quotidien. Je pense à mon lit et ma couette, je pense à ces histoires de pieds gelés alors je frotte les mien de temps à autre pour passer le temps, je pense à ma doudoune toute neuve bien à l'abri dans la penderie, je pense à ces histoires de bivouac à
la Rebuffat , je pense que demain je serais pas au boulot, je pense que Gilles est un salaud de ronfler alors que moi aussi j'aimerais dormir 10 minutes. Le vent s'amuse à enlever la couverture de survie qui porte bien son nom, 20, 30, 40 fois je me réinstalle dedans, nuit blanche résume bien ces moments. De temps en temps j'allume mon téléphone pour checker l'heure mais rapidement je bloque la carte sim en rentrant 3 mauvais codes, c'est le flamby technologique!
Descente en 2 temps 327 mouvements
Sentant le froid s'insinuer, je me réchauffe encore les pieds et annonce à Gilles qu'on va bouger, j'en ai marre d'être assis. Malgré une réponse affirmative, il ne se passe rien, chacun retombant dans ses pensées. Cette fois, on se remotive, les premiers pas sont gourds, oula, déjà à plat c'est dur de rester debout, va pas falloir zipper. Une fois le départ donné, la concentration revient rapidement et on finit par rejoindre les pentes de neige qui nous on fait face toute la nuit. L'aurore est là, la tension s'évanouie, on rejoint un col et le soleil se lève enfin.
C'est un moment magique où tout bascule, on se sent réchauffé, l'optimisme est de mise mais comment décrire ce levé de soleil sur le Vercors? (ben par une photo couillon!) Pas con, une photo donne un bon aperçu. Seul sur ce bout de montagne, on se sent vivre, heureux comme un lézard au soleil. Bonus, des bonnes traces sortient de nul part nous accompagnent désormais sur cette élégante arête.
lundi 12h: on ouvre la Gilles voiture
c'est pt'être con , mais tout est con
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