Maximin, une journée à dormir debout
Le week end s’annonce beau et froid, c’est claire qu’il faut faire de la neige, du couloir quoi.
Pas de stress, on fait ce qu’on a à faire samedi et puis on décolle vers 17h ? Banco me dit Cécile. Le plan se déroule comme prévu et nous voilà sur le parking des Etages dans le bel Oisans et pour la première fois de ma vie je vais faire le chemin de jour, l’été c’est bien.
Ya pas à dire, c’est vraiment class la nature en ce moment ; les ptites fleurs, les chamois curieux, l’herbe dans laquelle on a envie de s’allonger pour toujours et la rivière comme dans les films. On débarque au refuge de la Lavey vers 20h, le gardien trop sympa nous tchache et finit par nous convaincre de nous lever à 1h du mat, oucha ! Cette fois ci, on a fait très fort, pas de montre, pas de topo et pas de carte. Alors du coup, on se met dans le dortoir des gens qui se lèvent à 1h et je resterais à l’affut pour les entendre se lever.
Couloir Maximin et la pointe homonyme dans les nuages.
Une fois le repas plié, on fil au lit pour quelques heures, demain s’annonce une belle journée dans la jolie montagne.
Un semi sommeil pour même pas un semi repos et je me réveille à la première alerte, ben non c’est un mino qui sanglote et que sa mère réconforte au milieu de la nuit. La deuxième est la bonne, hop je sors des couvertures et réveille Cécile qui me soutien qu’il n’est pas encore 1h et que l’on doit continuer à dormir ! Inflexible, je motive la jeune fille et feu vers le petit dèj.
Dans la plus grande obscurité on quitte le refuge pour enquiller le chemin indiqué par le gardien la veille et qui nous mène rapidement à la neige. Pas un mot ne trouble la nuit, chacun finit sa nuit comme il peut au rythme du scroutch scroutch des crampons sur la neige.
Le dénivelé passe avec les heures, le couloir est là mais le jour est encore loin, pendant les manips d’encordement, un bruit métallique s’échappe dans la pente, c’est le descendeur de Cécile qui ne veux pas faire le couloir et qui se barre tout seul, bye bye petit descendeur. Très vite la pente s’énerve et nécessite une certaine attention.

Image furtive dans le couloir, une lueur se précise à l'est.
La nuit nous protège et nous préserve du vide qui se creuse régulièrement, les mollets demande finalement une pose. Entre temps, le ciel à palit, j’enlève mon casque pour enlever une couche et ma frontale en profite à son tour pour se faire la malle, bye bye petite lampe multifonction à faisceau laser de l’espace.
La pente se calme et on arrive enfin au col mais mais où est le soleil, toujours pas sorti, aaahhhh le gardien nous a bien finté avec son horaire « paye ta course nocturne » mais on aurait du s’en douter même pour aller au Mont Blanc tu te lèves plus tard ! Le vent finit de me geler les mains et là je m’assoies en attendant que le sang revienne dans la douleur tout ça accompagné d’un bon coup de moins bien, un vrai moment de solitude quoi. Bien qu’on ait pas d’heure, on se doute bien qu’il est quand même tôt et l’idée de redescendre cash au refuge ne nous emballe pas, autant profiter du jour qui vient de naître.

C'est pas trop tôt Roger, les Ecrins se réveille, là bas vers la Meije, Grogilles paye son but.
Car enfin le soleil pointe, et ses premiers rayons nous réchauffent le cœur. On finit le petit dèj et feu sur l’arête pour rejoindre la pointe Maximin.
Pas dégourdi, on avance comme deux vieux escargots, le rocher typé Oisans n’arrange rien, on se traîne quand même jusqu’au sommet si matinalement désiré.
Parfois les deux pieds dans le vide, Cécile comprends mieux ce que signifie le rocher Oisans.

L'escargot rouge en pleine action
Le retour en désescalade est encore moins rapide que l’allé, c’est dire, et quand on retrouve le haut du couloir et les sacs, ben il est largement l’heure d’avaler le pique nique, trop bon le comté du marché.
C’est pas tout mais, on est pas d’ici nous hein ! Alors la descente, si je me rappelle c’est par les arêtes suivant Gaston Rebuffat et par le couloir suivant le gardien, vu le soleil qui tape, on va y aller par les arêtes, plus long mais plus sûr.

Bon on descend dormir, la face nord de l'Olan reste de glace.
Vroum vroum les arêtes, on se traîne encore, et puis et puis, on est perdu, on cherche, on tourne, on ne trouve pas le passage qui permettrait de rejoindre l’arête de neige 100m en dessous, grrrrrr. Allez faut pas s’endormir et faut prendre une décision, on retourne cash au couloir et puis on traîne pas dedans. Le haut du couloir est sans souci mais en descendant, ça s’énerve un peu et là, faut grave assurer du piolet, en dessous, la neige est encore dur, les mollets payent chère, pas question de se relâcher sous peine de big jump. Aaaaahhhh ça y’est c’est finit. On enquille jusqu’au refuge où on va enfin connaître l’heure, ben tient c’est l’heure du goûter, banco le goûter. Bon c’est quand qu’on dort ??